J'ai mal à la poitrine
Douleur dans la poitrine chez l'adulte : quand appeler le 144 sans hésiter, ce qu'il ne faut jamais faire, et pourquoi les formes trompeuses touchent surtout les femmes, les seniors et les diabétiques.
Vérifié, corrigé et validé par Dr Zayd OuzeraraMis à jour le 31 juillet 2026
En 30 secondes
Aperçu gratuitAppelle le 144 tout de suite si tu as une douleur, une oppression ou un serrement dans la poitrine qui dure plus de quelques minutes, surtout si elle irradie vers un bras, les deux bras, la mâchoire ou le dos, ou si elle s'accompagne de sueurs froides, de nausées, d'un essoufflement, d'un malaise ou d'une angoisse inhabituelle. Tu n'as pas à être sûr : c'est le rôle du 144 de trancher.
Ne prends jamais ta voiture pour aller à l'hôpital. Environ une personne sur 300 transportée en véhicule privé pour une douleur thoracique fait un arrêt cardiaque en chemin. L'ambulance, elle, peut faire un électrocardiogramme sur place, défibriller, et prévenir l'hôpital avant ton arrivée.
Cela dit, la grande majorité des douleurs de poitrine ne sont pas cardiaques : chez le médecin de famille, seuls 2 à 4 % correspondent à un infarctus ou à un angor instable. Le vrai problème n'est donc pas la fréquence, c'est le retard — et les raisons pour lesquelles les gens attendent sont parfaitement identifiées, tout comme les signes qui, à l'inverse, rendent une cause cardiaque peu probable. La fiche complète te donne les deux, plus les présentations trompeuses qui font passer à côté.
Les questions à te poser
Ces questions servent à comprendre après coup, ou pour une douleur ancienne et répétitive. Face à une douleur aiguë inquiétante, on appelle d'abord.
- Comment décrirais-tu la douleur ? Un poids, un étau, un serrement derrière le sternum est plus évocateur d'une origine cardiaque. Une pointe très localisée que tu montres du doigt l'est beaucoup moins.
- Est-ce que ça irradie ? Vers un bras ou les deux, la mâchoire, le cou, le dos : c'est l'un des éléments qui augmentent le plus la probabilité d'une cause cardiaque.
- La douleur change-t-elle quand tu respires profondément ou quand tu changes de position ? Si oui, cela diminue nettement la probabilité d'un problème coronarien (mais oriente vers d'autres causes, dont certaines sérieuses).
- Peux-tu reproduire la douleur en appuyant avec le doigt sur ta poitrine ? Si oui, c'est l'un des meilleurs arguments contre une origine coronarienne — cela évoque une cause musculo-squelettique, la plus fréquente en médecine de ville.
- Qu'est-ce qui la déclenche ? L'effort, la marche en côte, le froid, une émotion — et est-ce que le repos la calme en quelques minutes ? Ce profil-là doit faire consulter, même sans urgence.
- Est-ce plutôt après les repas, en position couchée, avec des remontées acides ? Cela oriente vers l'œsophage — cause très fréquente, mais qui peut parfaitement imiter le cœur.
- Quels sont tes facteurs de risque ? Âge, tabac, hypertension, cholestérol, diabète, antécédents familiaux d'infarctus précoce, antécédent personnel de maladie coronarienne.
- Y a-t-il un essoufflement brutal, une douleur d'un mollet, un long voyage ou une immobilisation récente ? Cette combinaison fait penser à une embolie pulmonaire.
- La douleur est-elle apparue brutalement, comme un déchirement, irradiant dans le dos ? C'est une urgence à part.
Quand consulter — signaux d'alarme
Appelle le 144 immédiatement si :
- Douleur, pesanteur ou serrement dans la poitrine durant plus de quelques minutes, ou qui part et revient.
- Douleur qui irradie vers un bras, les deux bras, la mâchoire, le cou, le dos ou l'estomac.
- Douleur accompagnée de sueurs froides, nausées, vomissements, essoufflement, malaise, palpitations ou d'un sentiment d'angoisse violente.
- Essoufflement brutal sans explication, surtout avec une douleur qui augmente à l'inspiration.
- Douleur brutale, en coup de poignard, qui irradie dans le dos.
- Perte de connaissance, ou confusion soudaine chez une personne âgée.
- Tu as une maladie coronarienne connue et ta douleur habituelle a changé : plus forte, plus longue, ou survenant au repos.
Les présentations trompeuses — à connaître absolument :
- Après 75 ans, 44 % des personnes hospitalisées pour un infarctus n'avaient pas la douleur de poitrine comme symptôme principal. Chez elles, cela se manifeste souvent par un essoufflement, un malaise, une chute ou une confusion soudaine.
- Chez la femme, la douleur de poitrine reste le symptôme le plus fréquent — mais elle s'accompagne plus souvent d'essoufflement, de douleur dans le dos, la mâchoire ou l'estomac, de nausées et de vertiges. Et les femmes, surtout jeunes, se pensent moins concernées, ce qui retarde l'appel.
- Chez les personnes diabétiques, l'infarctus peut être peu douloureux, voire silencieux, et se traduire par un essoufflement ou une gêne vague du ventre.
Consulte ton médecin sans urgence (mais sans traîner) si : une gêne dans la poitrine revient régulièrement à l'effort et cède au repos ; ou si une douleur persiste plusieurs jours, même reproductible à la palpation, sans explication.
Ce que tu peux faire à la maison
Si tu suspectes un problème cardiaque — les gestes qui comptent :
- Appelle le 144, et reste en ligne. Les secours te guideront pas à pas. Ce sont eux qui te diront s'il faut prendre de l'aspirine — les recommandations de premiers secours prévoient de croquer un comprimé d'aspirine (et non de l'avaler entier, pour qu'elle passe plus vite dans le sang), sauf allergie, saignement en cours ou contre-indication connue. Suis leurs instructions plutôt que ta propre initiative.
- Assieds-toi ou allonge-toi dans la position la plus confortable et ne fais aucun effort.
- Déverrouille la porte d'entrée et, si tu es seul, préviens un voisin — pour que les secours puissent entrer si tu perds connaissance.
- Si un médecin t'a déjà prescrit de la nitroglycérine, tu peux prendre une dose sous la langue. Si la douleur ne s'améliore pas 5 minutes plus tard, appelle le 144 sans attendre de reprendre une deuxième dose.
- Ne mange pas, ne bois pas : si une intervention urgente est nécessaire, un estomac plein complique l'anesthésie.
- Prépare ta liste de médicaments et ta carte d'assurance si quelqu'un est là pour le faire — mais jamais au prix d'un retard.
Si la cause est manifestement bénigne et déjà évaluée par un médecin :
- Douleur de la paroi thoracique (musculaire ou costale) : paracétamol ou anti-inflammatoire selon la notice, chaleur locale, et reprise progressive des activités. Cela met souvent quelques semaines à passer.
- Reflux acide : repas plus légers, pas de repas tardif, tête du lit surélevée, moins d'alcool. Il existe des traitements de pharmacie ; parles-en au pharmacien.
- Anxiété et attaques de panique : elles donnent de vraies douleurs de poitrine, très pénibles. Elles se traitent — mais ce diagnostic se pose après avoir écarté le reste, jamais avant.
Ce qu'il ne faut PAS faire
- Ne prends pas ta voiture, et ne demande à personne de te conduire. C'est l'erreur la plus dangereuse : environ 1 personne sur 300 transportée ainsi fait un arrêt cardiaque en route, sans matériel de réanimation à bord. Et pourtant, 40 % des gens font exactement cela.
- N'attends pas « de voir si ça passe ». C'est le comportement le plus fréquent et le plus mortel. Chez les personnes ayant fait un infarctus sans sus-décalage, arriver après 24 heures fait passer la mortalité de 10,5 % à 17 %.
- N'aie pas peur du ridicule. La crainte de « déranger pour rien » est l'une des principales raisons de retard identifiées. Une fausse alerte est un excellent résultat — c'est le métier des secours.
- Ne te fie pas à l'idée que tu te fais d'une crise cardiaque. Les gens attendent la scène de cinéma : douleur foudroyante, effondrement. La réalité est souvent une gêne progressive et ambiguë — et c'est précisément ce qui fait attendre.
- Ne te dis pas « je suis trop jeune » ou « je suis une femme, ça ne me concerne pas ».
- Ne prends pas d'aspirine de ta propre initiative si tu as une allergie, un saignement en cours, ou si ton médecin te l'a interdite. Demande au 144.
- Ne minimise pas une douleur qui revient à l'effort et qui cède au repos, même si elle est brève : c'est le tableau typique de l'angine de poitrine, et il faut l'explorer avant l'accident.
- Ne conclus pas seul que « c'est l'estomac ». Le reflux et l'infarctus se ressemblent beaucoup, et le fait qu'un antiacide soulage ne prouve rien.
Questions fréquentes
Est-ce forcément le cœur ?
Non, et c'est même rarement le cas. Chez le médecin de famille, seuls 2 à 4 % des douleurs thoraciques correspondent à un syndrome coronarien aigu ; aux urgences, environ 5 %. Les causes les plus fréquentes sont la paroi thoracique (muscles, côtes, cartilages), l'œsophage et l'anxiété. Mais ce sont les 5 % qui décident de la conduite à tenir.
Comment savoir si c'est musculaire ?
Deux indices classiques diminuent la probabilité d'une cause coronarienne : une douleur qui varie nettement avec la respiration ou la position, et une douleur qu'on reproduit en appuyant avec le doigt. Ce sont des indices, pas des preuves — ils ne remplacent pas un avis quand le tableau inquiète.
Est-ce que je dois prendre de l'aspirine ?
Appelle d'abord le 144 : ils te diront quoi faire. Les recommandations de premiers secours prévoient de croquer une aspirine en cas de suspicion d'infarctus, sauf contre-indication, et l'administration précoce est associée à une meilleure survie à un an.
Et si c'est une fausse alerte ?
Tant mieux. C'est le résultat le plus fréquent, et personne ne te le reprochera. Plus de la moitié des décès par syndrome coronarien surviennent avant l'arrivée à l'hôpital : c'est ce risque-là qu'on cherche à éviter.
Ça me fait mal quand je respire, est-ce grave ?
Cela oriente vers la plèvre, les côtes ou les muscles — souvent bénin. Mais un essoufflement brutal associé, une douleur au mollet, un voyage long ou une immobilisation récente doivent faire penser à une embolie pulmonaire : appelle.
J'ai déjà eu un infarctus, comment savoir si ça recommence ?
Le repère est le changement : douleur plus forte, plus longue, qui survient au repos ou pour des efforts moindres qu'avant. Dans ce cas, on appelle.
Combien de temps avant que ça devienne grave ?
Il n'y a pas de seuil rassurant : chaque minute compte dans un infarctus, et l'étendue des dégâts sur le muscle cardiaque augmente avec le temps. C'est la raison pour laquelle on n'attend pas.
Sources
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- Hewett Brumberg EK, et al. 2024 American Heart Association and American Red Cross Guidelines for First Aid. Circulation, 2024;150(24):e519-e579.
- Jacobs AK, et al. Systems of Care for ST-Segment-Elevation Myocardial Infarction: A Policy Statement From the American Heart Association. Circulation, 2021;144(20):e310-e327.

Vérifié, corrigé et validé par Dr Zayd Ouzerara
Spécialiste en médecine interne générale (FMH) — six ans aux Hôpitaux universitaires de Genève, aujourd'hui médecin aux urgences à Genève.
N° GLN 7601007964680 — registre fédéral des professions médicales (MedReg) · relu le 31 juillet 2026
Son parcoursInformation éducative, pas un avis médical
Ce contenu est une information générale : il ne tient pas compte de votre situation personnelle et ne remplace ni une consultation ni un diagnostic. Au moindre doute, consultez un médecin. En cas d'urgence en Suisse, appelez le 144. Lire l'avertissement complet